L’hibiscus

Chouchoutez-vous ou Comment venir en aide à un(e) proche qui va mal

par Carole Braéckman

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Comment accompagner un proche malade ? comment soutenir un(e) ami(e) dépressif/ve ?

On a souvent tendance, lorsqu’un(e) de nos aimé(e)s plonge (maladie, vieillesse, dépressions, ruptures diverses…) à tout lâcher pour nous occuper d’elle/de lui.
Le/la mettant au centre de notre vie.
Il n’est pas certain que ce soit la bonne solution.
Je vais vous conseiller au contraire de vous maintenir résolument au centre.

Je m’explique.
Au centre, ben, déjà, c’est votre place ! et si vous n’y êtes pas, euh… alors, mais qui donc vit votre vie ?
Au centre, occupé(e) à nourrir la vie en vous, à vous la rendre jolie, vous secrétez des ondes bénéfiques pour tout votre entourage, la personne en détresse en premier lieu.
Vous vous souvenez de mon image de l’humanité vue comme un filet de pêche : chaque maille (chaque être humain) a la plus haute importance, et si elle se décentre, c’est tout le filet qui est inopérant. Comme lorsqu’on tire la couverture !
Si vous vous laissez happer par la détresse de l’autre, au lieu d’une personne en désarroi, vous en aurez deux… Et par capillarité, les mailles autour de vous (comprenez : le reste de votre entourage) aussi, vont se dessécher.

Pour votre aimé(e) dans la désolation, vous sentir vivant(e) près de lui est le plus bel encouragement à ne pas perdre pied. Je vous rappelle qu’on ne force pas un âne qui n’a pas soif à boire. On place à côté de lui un de ses congénères qui, assoiffé, va lamper avec gourmandise tout un seau, et inciter ainsi le premier âne à faire de même.

Et puis, si vous êtes trop présent(e), vous retirez à l’autre son aptitude et son amplitude à la réflexion et à l’action. Imaginez par exemple, que vous virevoltiez autour de votre "malade" afin de lui faire avaler une cuillère de soupe, une idée éclairée, ou un chapitre ravigotant.
Votre anxiété vous entraîne à l’insistance...
Et votre patient(e), étouffé(e) sous votre sollicitude, ne peut même plus savoir où en est son désir. Ce qui est le moteur de toute vie. Désir de guérir ! Désir de se lever ! Désir de s’en sortir !… etc. Votre préoccupation, votre ballet autour de lui/d’elle, constitue comme un empêchement au désir. Bon, j’exagère un peu, mais pas tant que cela. Et vous le sentez bien.

Alors, je sais bien : avec votre grand coeur, vous avez peut-être honte d’être bien vivant(e), en bonne santé et avec un bon moral, alors que pour une personne de votre entourage, la vie est chamboulée. La culpabilité ressentie alors est néanmoins très mauvaise conseillère. Elle va vous étrécir. Ce qui n’est pas bon du tout pour vous. Et ce n’est même pas profitable pour la personne dans l’affliction.

Et entendons-nous ! - je connais votre côté Epaminondas, tout dans la nuance ! - je ne vous dis pas d’aller danser en plantant là la personne éplorée. Non. Vous lui prêtez assistance ou votre oreille, ET vous vous ménagez des temps de ressourcement. N’hésitez pas pour ce faire à demander de l’aide ! Je vous rappelle que c’est dans la nature humaine que d’adorer rendre service ! D’ailleurs… vous-même, n’êtes-vous pas en plein dedans ?!
Prenez-vous par la main pour votre cours de salsa ou de Qi Gong. Car bien sûr, vous avez le coeur gros qu’un(e) proche soit patraque, et spontanément, vous n’avez pas forcément envie d’aller swinguer. Et pourtant, vous vous le devez... et c’est tout aussi indispensable !

Une histoire parmi de nombreuses : une jeune femme soutient sa mère qui vient de découvrir que son mari (donc le père de la jeune femme, vous suivez ?) la trahit. Elle l’écoute longuement, et l’écoute encore et encore (elle est en vacances chez ses parents). Sa mère parle de divorce, de suicide. Elle m’écrit : Je n’en peux plus ! Que faire ? - Admettre que votre mère a le droit de son choix. Et le lui dire : "Ce n’est pas mon souhait. Du tout. Mais je te respecte " Bref, sortez du cercle ! Et allez vous balader en forêt pour vous aérer et prendre le zoom arrière nécessaire."
Son désarroi de fille, au lieu d’aider, alimentait l’aigreur, et même le désespoir de la mère. Ayant en quelque sorte perdu son appui, son public, ladite mère s’est ressaisie, a parlé avec véhémence, larmes, et amour à son mari, et les voilà reparti(e). En fait sa fille s’est bornée à ne plus lui donner la réplique. Elle lui a gardé son soutien, mais de façon beaucoup plus, disons, adulte.

NB : une de mes relectrices préférées m’a souligné que le mot adulte n’était pas juste en toute circonstance. Le même scénario pouvant s’appliquer à une relation entre ami(e)s... Alors elle a raison. Et en même temps, je reste persuadée que ce sont les enfants en nous qui entrent dans le cercle - quel qu’il soit. Une personne de belle maturité affective reste toujours dehors. Bon, maintenant, est-ce que ça existe : une personne de belle maturité affective ? je vous le demande (sourire)...

Nous disions donc, remettez-vous au centre !… de vous-même ! Méditez, brodez, jouez du piano… tout moyen pour lâcher vos peurs, afin de laisser autour de vous un tourbillon de présence... paisible.

J’ai trois questions insidieuses à vous soumettre. Trois points qui peuvent sous-tendre votre (trop grande) abnégation. Ne vous offusquez pas, je vous les pose gentiment, et votre réponse vous appartient. Et est digne des respect.
Mais si vous me lisez, c’est que vous êtes en détresse dans cet accompagnement, ou tout du moins, avez du mal à doser votre présence.
Ces questions, je vous en prie, ne doivent pas vous pousser à vous jeter de la cendre sur la tête. Vous faites du mieux que vous pouvez avec votre (peu de) confiance en vous, et votre vécu.
Alors, laissez monter les réponses du fond de votre coeur. Elles peuvent vous permettre d’ajuster votre assiduité auprès de l’aimé(e). Ajuster au sens de régler, mais aussi, vraiment, de rendre plus juste, plus authentique.
Voici ces questions :
* Auriez-vous, par hasard, besoin de gagner l’amour de la personne auprès de qui vous vous dévouez ? J’ai en tête, par exemple, quelques des filles éperdues auprès de leurs parents, quémandant des marques de reconnaissance, d’affection…
* Dans le même ordre d’idée - besoin de l’approbation d’autrui - auriez-vous à coeur que l’on dise de vous que vous êtes une bonne fille/amie/mère ? un bon fils/ami/père ? Seriez-vous en tel manque de reconnaissance et d’amour ?
* Cet accompagnement masque-t-il le vide de votre vie ? Je pense à des mères, par exemple, qui vivent par procuration à travers leur progéniture, ayant renoncé à déployer leurs propres talents, à vivre leur vraie vie…
Peut-être, pouvez-vous tricoter les trois réponses (sourire). C’est assez souvent le cas !
Ce n’est pas grave. Vous allez laissez cheminer en vous… Et tranquillement, votre présence va accommoder (oui, comme un instrument de vision), et s’harmoniser...

Le danger si vous ne vous ménagez pas, outre que vous êtes de peu d’utilité auprès de vos aimé(e)s, est évidemment l’épuisement, une sorte de burn-out. Voire de désamour !
Alors, pas de blâme, si vous en êtes là ! Ça arrive aux meilleur(e)s. Mais allez vite vous prendre une rafale de vent ou de musique !
Offrez-vous du bon !
Vous le méritez. Et, comme dit, cela profite à tous et toutes, chacun et chacune !


© Carole Braéckman – www.lhibiscus.fr – mars 2017


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